Communiqué : Le RESONUT salue les progrès en matière de lutte contre la malnutrition.

COMMUNIQUE DE PRESSE

La Journée mondiale de l’alimentation est célébrée chaque 16 octobre, à l’initiative de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), depuis 1981. Au Burkina Faso, c’est Dédougou, chef-lieu de région de la Boucle du Mouhoun (aussi appelée « grenier du Faso ») qui accueille la cérémonie. A la faveur de cette 40ème commémoration, le Réseau de la Société civile pour la Nutrition (RESONUT) tout en se réjouissant des victoires d’étape en matière de sécurité alimentaire et nutritionnelle, appelle l’Etat et tous les acteurs de nutrition à plus d’actions concrètes, et maintenant, pour la réalisation des objectifs mondiaux visant l’élimination de la pauvreté et la faim, la protection de la planète et la prospérité de toutes les populations.

Selon le dernier rapport sur L’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde, publiée en juillet 2020 par les Nations Unies, de plus en plus de personnes souffrent de la faim, et le monde n’est pas en voie d’atteindre l’objectif d’éliminer la faim, l’insécurité alimentaire et toutes les formes de malnutrition d’ici à 2030. Le rapport estime que près de 690 millions de personnes ont souffert de la faim en 2019, soit une augmentation de 10 millions par rapport à 2018, et de près de 60 millions en cinq ans. 

Placée sous le thème « cultiver, nourrir, préserver. Ensemble, agir pour l’avenir », le 40ème anniversaire de la Journée Mondiale de l’Alimentation (JMA), célébré ce 16 octobre 2020, appelle à plus de solidarité au niveau mondial pour aider les plus vulnérables à se remettre de la crise de COVID-19, et pour rendre les systèmes alimentaires plus résilients, offrir une alimentation saine, abordable et durable pour tous. En effet, cette journée est célébrée dans un contexte exceptionnel où les pays du monde entier doivent faire face aux impacts généralisés de la pandémie de  COVID-19. Cette crise sanitaire a été l’occasion pour la planète entière de réfléchir aux besoins fondamentaux de la vie qu’est la « nourriture ». Ainsi, préserver l’accès à des aliments sains, sûrs et nutritifs constitue une réponse à cette pandémie, en particulier pour les pays les plus pauvres et les plus vulnérables.

L’alimentation nutritive en question : le danger de l’insécurité alimentaire et de la malnutrition

Selon le Programme alimentaire mondial (PAM) « Une nutrition adéquate consiste à consommer quarante nutriments en quantité différente provenant d’une large diversité d’aliments[1]. » Au Burkina Faso, la sécurité alimentaire de manière spécifique et la sécurité nutritionnelle au final constituent des secteurs prioritaires pour le gouvernement, ses partenaires techniques et financiers, la société civile et le privé. D’énormes efforts, notamment en termes d’engagements politiques, sont faits depuis des années en vue de protéger les populations contre les situations de vulnérabilité vécues face à l’instabilité des productions alimentaires à tous les niveaux. A titre d’illustration, le droit à l’alimentation est un droit fondamental et en passe d’être consacré comme tel dans l’avant-projet de la nouvelle Constitution du Burkina Faso en attente d’adoption. Par ailleurs, un contexte plus global relatif à la nutrition favorise les efforts en matière d’alimentation : l’adhésion en 2011 du Burkina Faso au Mouvement Scaling Up Nutrition (SUN) ; la création successive de réseaux SUN (Société civile, Nations Unies, Parlementaire, Privé, Recherche, Donateur) ; l’adoption en juin 2020 de la Politique nationale multisectorielle de nutrition (2020-2029) et du Plan stratégique multisectoriel de nutrition (2020-2024) ; les suivis budgétaires réguliers depuis 2012-2013 ; la mobilisation du Président du Faso, SEM Roch KABORE, comme dirigeant modèle de l’initiative African Leaders for Nutrition (ALN) au niveau de la Banque africaine de développement (BAD) ; la mobilisation et le plaidoyer avec des Champions de la nutrition au niveau national et local. A ces progrès ou succès d’étapes s’opposent des difficultés ou goulots d’étranglements susceptibles d’annihiler l’impact recherché. Au nombre de ceux-ci, l’on peut citer le faible approvisionnement des marchés en aliments nutritifs de qualité, l’insuffisance d’infrastructures de production d’aliments fortifiés, l’insécurité sanitaire des aliments, la faible diversification alimentaire essentiellement orientée vers les céréales, l’adoption encore limitée des pratiques d’ANJE[2] et la nutrition de la femme enceinte. La récurrence de certains phénomènes tels les effets du changement climatique, les mauvaises répartitions des pluies, l’érosion des sols et les attaques de chenilles légionnaires viennent rendre encore plus difficiles les avancées dans le secteur. Cette chronicité de l’insécurité alimentaire se reflète quelque peu sur la situation nutritionnelle qui, bien que marquée aujourd’hui par d’importants progrès dans la réduction de la sous-nutrition, cache parfois des disparités régionales qui rappellent que la malnutrition reste une préoccupation de santé publique et de développement au Burkina Faso.

Il est temps d’agir, maintenant

Pour le RESONUT, créé en 2014 et fort de 37 organisations d’envergure nationale et internationale, tous les acteurs de tous les secteurs pro-nutrition ont un rôle clé à jouer pour concrétiser la vision d’un monde exempt de la faim et de la malnutrition. Cela passe notamment par l’accroissement de la demande globale d’aliments nutritifs, la mobilisation des ressources (surtout domestiques) pour le financement de la nutrition.

A l’adresse du gouvernement, le RESONUT rappelle la nécessité d’honorer son engagement pris en 2017 de créer et doter effectivement la ligne spécifique dans le budget du Ministère de la Santé pour l’achat d’intrants nutritionnels ; cet engagement a été honoré en 2017 (1 milliard de F CFA) et 2018 (1 milliard 500 millions de F CFA). Cet effort important de financement domestique a été un bon exemple salué au-delà du pays. Conformément à la Feuille de route du Président KABORE, Leader ALN, et selon son initiative, un processus technique conduit par les acteurs de nutrition a proposé de nouveaux textes en vue du relèvement du niveau d’ancrage institutionnel de la nutrition à la Présidence du Faso (avec nomination d’un point focal politique) ; la balle se trouve depuis lors dans le camp de l’autorité publique qui doit décider du choix du nouveau mécanisme à expérimenter. Dans la même veine, l’adoption du Décret révisé du Code de commercialisation des substituts du lait maternel attend toujours. Le maintien de la nutrition comme une priorité dans le prochain référentiel national de développement sera un pas de plus pour le Burkina Faso, en tenant en compte de la situation nutritionnelle critique des personnes déplacées internes.

Le RESONUT soutient et encourage le secteur privé, les organisations de la société civile, les partenaires techniques et financiers et l’ensemble des acteurs à tous les niveaux à poursuivre des interventions spécifiques et sensibles de qualité en faveur de la nutrition. Le RESONUT exhorte les acteurs à continuer leurs efforts communs et spécifiques de plaidoyer budgétaire pour l’accroissement du financement domestique et externe de la nutrition : renforcement de la ligne budgétaire pour l’achat d’intrants nutritionnels au Ministère de la Santé ; mobilisation des financements pour une mise en œuvre optimale du Plan stratégique multisectoriel de nutrition (2020-2024) ; détaxation des intrants entrant dans la fortification des produits de prévention et traitement de la malnutrition; financements innovants (mise en œuvre réussi du mécanisme de financement mondial de la santé dont bénéficie le Burkina Faso ; meilleure utilisation des ressources (humaines et financières) disponibles et redevabilité des acteurs. Les acteurs sont interpellés à s’impliquer davantage pour s’assurer que les différents systèmes alimentaires existants offrent une diversité d’aliments en mesure de nourrir une population croissante et de préserver l’environnement. Le RESONUT reste convaincu que seule la conjugaison des efforts et une meilleure coordination entre acteurs pourront faire du droit à l’alimentation, et partant du droit à la nutrition, pour toutes et tous une réalité au Burkina Faso.

Le RESONUT

[1] PAM, Fill the Nutrient Gap, Burkina Faso, octobre 2020

[2] ANJE : Alimentation du nourrisson et du jeune enfant

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